Archives mensuelles : juin 2013

Être dans la justesse

27 juin 2013

Il y a plusieurs semaines déjà, quelqu’un m’a envoyé un mail flatteur qui, en plus de me faire franchement plaisir, m’a permis de prendre du recul sur mon propre travail. Il y était question, à propos de mon reportage dessiné sur les fab labs, de justesse.

À l’heure où je travaille en solitaire chez moi, face à mon écran, à mes carnets de notes et à mes quelques 200 pages de croquis pris sur le vif, être dans la justesse est plus qu’une problématique : c’est le Graal, l’ultime but à atteindre.

Photo de mon atelier pendant une séance de travail

Être dans la justesse, ça veut dire quoi ? Ça veut dire tout d’abord ne pas raconter de bêtises, rester fidèle à la réalité. Faire un reportage, même sous la forme d’un carnet de voyage ou d’une bande dessinée, signifie, entre autres, informer. Alors que je digère mes notes, que je sélectionne mes croquis et que je rédige le texte qui racontera mon histoire, je m’efforce constamment de ne pas m’écarter de la réalité telle que je l’ai perçue, et telle que je l’ai comprise. Comme une journaliste, je vérifie mes informations, je les recoupe, j’approfondis mes recherches – ce qui, au passage, prend un temps fou.

Mais même si j’ai choisi de faire un reportage, je ne suis pas journaliste. Je suis une dessinatrice (allez, une peintre aussi, n’ayons pas peur des mots) et ce que j’aime, c’est raconter la vie avec des images. Quand j’ai mis le pied dans un fab lab pour la première fois – c’était celui de Nancy – je ne connaissais pas grand-chose du monde des fab labs, mais mon objectif était clair. Je voulais, à l’inverse de la plupart des articles de presse que j’avais pu parcourir sur le sujet, parler davantage d’humain que de technique.

Dessin pris sur le vif à Nancy : des hommes qui discutent derrière une imprimante 3D

Un soir à Nancy Bidouille, février 2013.

Plutôt que de me focaliser sur les imprimantes 3D (quelles bêtes médiatiques, celles-là !), je voulais révéler les hommes et les femmes qui tournent autour de ces machines. Expliquer ce qu’ils font, montrer qui ils sont, ou du moins ce qu’ils veulent bien me laisser montrer d’eux. Esquisser leurs personnalités, leurs aspirations, leurs préoccupations, leurs idéaux, leurs doutes. Laisser entrevoir la richesse humaine qui m’apparaissait alors comme l’aspect le plus intéressant des fab labs. Et pour raconter tout cela, il me semblait que le dessin était approprié, en particulier le dessin pris sur le vif – ce point méritera sans doute un développement dans un prochain article.

Face à face entre un homme et une imprimante 3D Makerbot

Faclab, Gennevilliers, avril 2013

En d’autres termes, avant de chercher à trancher si, oui ou non, l’impression 3D allait révolutionner le monde, je me suis d’abord posée la question suivante : pourquoi les gens se retrouvent-ils dans un fab lab ? Que viennent-ils y chercher ?

Une chose est sûre. Quand une dessinatrice prend racine dans l’un de ces ateliers participatifs pour les observer, ces gens en ont, des choses à partager. Partout où je me suis installée, apportant avec moi crayons, aquarelles et papiers, j’ai été chaleureusement reçue. De mes mois d’immersion dans 5 fab labs différents, je suis rentrée la valise pleine à craquer de dessins et de notes.

Un homme perdu dans ses pensées face à un costume d'époque avec des LEDS

Gennevilliers, avril 2013

Raconter la vie avec justesse, donc. Cela peut signifier plusieurs choses : décrire fidèlement une ambiance, une attitude, un geste ; rapporter avec sincérité une conversation ; faire vivre une émotion qui a été partagée ; mettre l’accent sur les petits détails qui disent beaucoup ; relater l’anecdote qui peut, peut-être, faire comprendre l’Histoire avec un grand H.

Le regard de ceux qui m’ont vu dessiner au cours de mes mois d’immersion dans les fab labs m’est important. Ce n’est pas que je cherche à leur faire plaisir, mais le simple fait qu’ils reconnaissent un lieu, une atmosphère, une personne, voire le fait qu’ils se reconnaissent eux-mêmes dans mes images, compte déjà beaucoup. Ça veut dire que pour l’instant, sur cet aspect-là au moins, je ne fais pas fausse route.